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Big Pharma : à l’heure de la santé digitale

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image-article-temoignage« Le digital est de plus en plus dans l’agenda des sujets stratégiques, il touche à tous les sujets de CEO : l’innovation R&D, les services de santé qui sont les compléments des molécules chimiques, jusqu’aux réflexions autour des opérations. »

Où sont les principales opportunités du digital dans la chaîne de valeur des industries pharmaceutiques ?

La tendance est de focaliser son attention sur un seul endroit de la chaîne de valeur alors qu’il faut un changement de fond touchant tous les chaînons.

Je m’explique, dans la R&D c’est absolument clé car inventer la molécule qui va faire la différence devient de plus en plus compliqué. L’identification de ce qui ne marche pas aujourd’hui, dans notre arsenal thérapeutique, et de ce qui pourrait progresser est largement facilitée par le digital. Cela permet donc de focaliser nos efforts sur une solution thérapeutique pour telle typologie de patients ou telle aire thérapeutique.

La médecine personnalisée par la Big data va de pair. Là on entre dans une aire complètement différente, encore émergente, qui permet d’avoir des traitements uniques où on connait pour chaque sous-catégorie de patients le bon chemin thérapeutique, avec des résultats monitorés au fil de l’eau. C’est impossible sans l’aide du digital. C’est émergent car aujourd’hui les mécanismes réglementaires d’accès au marché, de pricing, et de remboursement ne permettent pas encore complètement d’exploiter la puissance du digital.

Cela peut révolutionner la médecine en permettant possiblement d’inverser le mécanisme des études cliniques qui sont très coûteuses. Dans le système traditionnel, la preuve est générée en amont, puis le prix est le plus fixe possible pendant plusieurs années. Dans un nouveau système qui permettrait d’exploiter la puissance du digital, on aurait des solutions de santé dont l’efficacité est testée en continue, dont on sait à l’instant t si ça marche, et dont la prise en charge aurait lieu uniquement lorsque c’est efficace. Ce serait donc une solution unique, personnalisée, payée seulement si ça marche et évolutive au fil de l’eau.

Le suivi, le monitoring de toutes les pathologies, chroniques ou non, qui peut s’appliquer sur plusieurs aires thérapeutiques : la cardiologie, le rénal, les maladies respiratoires, etc. permettent aussi beaucoup d’applications du digital.

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La méthodologie utilisée dans le conseil est la suivante : on regarde par aire thérapeutique puis par groupe de patient. On regarde comment ils sont traités aujourd’hui et à quel moment on a une forme de déperdition dans le suivi thérapeutique de ces patients. Très souvent c’est au moment du diagnostic, de la coordination des parcours de soin, du suivi des traitements s’il n’y a pas d’adhérence au traitement. En identifiant ces sujets là on se rend compte que le digital peut vraiment apporter une valeur ajoutée directe qui n’est pas couverte par autre chose. Ce qui est intéressant de constater, c’est que c’est assez infini.

Pensez-vous que ça peut améliorer le lien et la coordination entre professionnel santé-patient et professionnels de santé entre eux ?

Oui, comme on le voit avec « Comuniti », un réseau de professionnel de santé digital qui permet de mettre en relation les professionnels de santé par spécialité.

Réseau-social-Comuniti-Merck Par exemple un pneumologue peut se mettre en relation avec un autre pneumologue ce qui permet un échange de fond, une capacité à tisser des liens et avoir ce regard du pair qui était exactement dans la même situation, en direct, en live à des heures qui ne sont pas gênantes. Cela permet d’enlever des barrières et de simplifier la vie. Ce n’est pas évident pour un professionnel de santé de rester connecté au plus près des meilleures pratiques, des chemins qui ont étés prouvés et testés. On a ici une façon de les diriger en continue avec des choses concrètes et réelles.

Qu’est-ce que vous pensez du digital dans le marketing ?

Vis-à-vis des professionnels de santé, le digital rend l’action beaucoup plus vivante et riche. Pourtant, c’est une très bonne illustration de l’écart qu’on peut avoir entre cette opportunité du digital et ce qu’on fait aujourd’hui.

Le matériel promotionnel, la façon dont on présente le médicament sont très normés : la façon dont cela apparaît sur papier peut être vérifiée au millimètre par les autorités. Aujourd’hui, les visiteurs médicaux doivent parler de tel et tel point dans une séquence prédéfinie, on a pas le droit de passer de telle page à telle page sans accord préalable. Or, le digital peut faire la révolution car la façon dont on navigue sur un matériel promotionnel, sur un iPad, n’est pas du tout normée, c’est-à-dire qu’on peut aller de gauche à droite, en descendant avec un champ des possibles beaucoup plus large et compliqué. C’est une bonne illustration du fait que nos autorités, nos organismes régulateurs ne se sont pas encore adaptés parce qu’ils cherchent à tout normaliser. On est en sous exploitation du bénéfice du digital à cause de ça.

Vis-à-vis du grand public, c’est un champ nouveau où il faut arriver à s’immiscer chez le consommateur avant qu’il ne soit malade, ou ne retombe malade, en anticipation. Je prends l’exemple d’un patient qui aurait un cancer, le fait d’avoir une application qui suive s’il perd du poids, s’il ne suit pas par exemple les recommandations en terme de nutrition, il se met peut être à risque de rechute, et on a pu prouver par des études cliniques que si on arrive à suivre des indicateurs, signes vitaux qui ne sont pas directement liés à la chimiothérapie, on peut anticiper et éviter des rechutes.

Pour vous, quelle région géographique prendrait le lead dans la santé digitale ?

Les US, les pays Anglo-Saxons ont déjà une avance, et la France manque d’un référentiel. Je travaille avec des gros labos internationaux, dont la filiale française est généralement un bon marché, et ce n’est pas nécessairement par-là que les gros laboratoires commencent leur transformation digitale à cause du manque de cadre et de référentiels.

Quels sont les principaux freins à la transformation digitale en France ?

Le premier frein est comme je l’ai expliqué, la règlementation. Pour prendre l’exemple d’un produit digital d’un patient diabétique qui donne l’alerte lorsque la glycémie est anormale, c’est un service, on sait que c’est bénéfique pour le patient, que ça peut éviter une aggravation de la maladie, générer des économies dans le système et qu’au final on aura une qualité de vie et un suivi à moindre coût pour le patient. Il se trouve qu’en France il n’y a pas de référentiel règlementaire qui permette de fixer son prix et son remboursement. Pour moi c’est évident que ça va changer, c’est déjà le cas Outre Atlantique pour « Welldoc » une application de santé qui est remboursée.

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Les professionnels de santé eux-mêmes voient le digital sous une forme de risque car ils ont peur d’une vulgarisation, d’un auto-diagnostique. Les patients sont suréquipés et croient savoir beaucoup de choses bien qu’ils n’aient pas forcément le bagage médical suffisant pour avoir un regard critique sur les informations trouvées sur internet.

Il y a aussi une forme de cannibalisation. Pour être concrète, s’il y a un patient qui a une plaie qui peut s’infecter, et qu’il y a un objet connecté qui lui donne une alerte lorsque ça s’infecte, on a plus forcément besoin d’une infirmière qui vienne tous les jours pour vérifier que la plaie ne soit pas infectée.

On ajoute aussi à cela la robotisation des actes chirurgicaux, et les actions à distances qui peut créer une concurrence entre les professionnels. L’accès au meilleur chirurgien n’est plus une circonstance d’être dans la bonne zone géographique puisqu’il est capable d’intervenir à distance.

Est-ce que ce ne serait pas positif justement parce que maintenant il y a des déserts médicaux ?

Tout à fait, de plus, les déserts médicaux ne désignent pas forcément, la Lozère, la Creuse, car même aux Yvelines il peut y avoir un désert médical : il y a toujours cet effet ciseau de personnes qui part à la retraite et qui ne sont pas remplacées. Ce phénomène de déserts médicaux est plus large que ce que l’on croit et touche toutes les spécialités.

Aujourd’hui il y a aussi l’Uber de la relation patient docteur, des startups – qui lèvent des montants très significatifs- comme « Mon Docteur » ou « Doctolib», qui ont pour but d’accélérer la mise en relation avec le docteur, pour prendre rdv, pour l’annuler, et c’est très efficient.

Ça permet d’utiliser au mieux la capacité disponible des médecins. De façon générale, les outils digitaux qui n’ont rien à voir avec la science mais qui permettent de soulager de manière significative les tâches du médecin redonnent du sens et de l’intérêt à la profession elle-même.

Pensez-vous que les nouveaux produits digitaux grand public concernant la santé et le bien-être (applications de santé/ objets connectés) font l’objet d’une bulle (i.e. surévalue-t-on leur potentiel et leur valeur) ?

Oui il y a une bulle parce qu’il y a une myriade d’acteurs de différents horizons qui s’y lancent. D’ailleurs si on regarde bien, 50% des investissements liés au digital le sont autour de la santé c’est un sujet qui est préempté parmi d’autres. Outre les laboratoires pharmaceutiques, il y a les mutuelles qui foncent en se disant qu’ils pourraient, grâce à  la santé connectée, avoir un meilleur suivi, un meilleur cadrage des risques des clients, de manière à justement encadrer et mettre des variables d’une certaine façon entre ce qu’ils paient versus ce qui est redistribué derrière. Il y a les GAFA, et les opérateurs technologiques du type orange opérateur téléphonique. Cela crée un effet de bulle car on voit beaucoup de tentatives pour aller sur le chemin de la santé connectée, et il est évident que toutes celles-là ne vont pas s’imposer.

Qui est le mieux placé pour exploiter l’IoT de la santé : les acteurs extérieurs d’autres secteurs (GAFA, Withings, Nike) ou les industries pharmaceutiques ?

Un point qui est assez intéressant, et on le voit très bien en tant que consultant, c’est que tout le monde veut s’y lancer. Chacun s’y lance d’une manière différente, car ils viennent de différents milieux, en pensant qu’ils vont prendre le lead, et donc, si ça marche, être l’heureux élu qui va pouvoir en tirer les bénéfices. Une des convictions que j’ai, c’est que tout le monde a légitimement une partie de la solution mais pas toute la solution, et que ce qui va marcher sera  le résultat d’alliances, de partenariats stratégiques. On le voit avec Novartis qui fait des partenariats avec Google, et Google avec Sanofi. Car en fait, il y a dans cet univers, des compétences essentielles qui se trouvent ne pas être toutes chez le même acteur. On doit reconnaître qu’un GAFA a une connaissance intime des comportements des gens qui est infiniment plus grande que les laboratoires pharmaceutiques, qui eux ont un rapport très indirect avec les patients. En revanche, la connaissance de l’environnement santé, des systèmes et mécanismes de remboursement, des alternatives thérapeutiques ne sont pas connues pour un GAFA. C’est impossible à naviguer car ce sont des champs d’expertise très précis qui mettent des années et des années à se construire, avec des expertises pointues qui se disputent sur le marché.

Faut-il privilégier un développement interne du digital, ou externe par alliances, acquisitions de start-ups ou autres ? 

Je pense que c’est l’association de compétences. Une start-up est intéressante car l’esprit est le mot : tester des choses, voir si ça marche. La rapidité d’exécution, le côté infatigable n’est présent que dans les start-ups. Dans les grands groupes, on est toujours dans des temps beaucoup plus longs et des processus internes. Or on sait que dans les sujets encore peu matures, c’est la rapidité qui permet de trouver la bonne solution. Aussi, lorsqu’on prend les start-ups, en moyenne il faut prendre trois boites et demie pour trouver celle qui va marcher. A l’opposé, les grosses sociétés ont des logiques de retours sur investissements, et l’agilité pour tester les choses avec un grand risque d’échec, n’est pas présente. Après il y a des modèles qui sont entre les deux : c’est-à-dire on créer une entité à part qui aura l’agilité d’une start-up, ce n’est pas forcément la manière la plus efficiente car il reste inertie intrinsèque. Personne n’a l’intégralité de la solution. C’est très intéressant car je pense qu’on est au cœur de la redéfinition de cette façon de travailler ensemble. Pour un grand laboratoire pharmaceutique aujourd’hui, on voit bien que l’essentiel de l’innovation vient de l’extérieur.

Quelle plus-value apporte un cabinet de conseil pour l’aide à la transformation digitale des entreprises ? 

Un cabinet de conseil c’est travailler sur ces alliances, ces partenariats stratégiques, comment on peut arriver à caler des agendas qui sont pas les mêmes dans un objectif de création de valeur commun, vous avez besoin d’une personne tierce, un acteur tiers qui fasse ça, sinon c’est un jeu de négociation qui peut devenir stérile assez rapidement.

En tant que CEO d’un acteur établi de l’industrie pharmaceutique, si j’avais un certain budget à investir dans le digital, par où devrais-je commencer?

Il y a tellement d’acteurs qui sont impactés qu’il est très difficile de répondre à la question, où je commence. Il ne faut pas tomber dans le mécanisme d’éclatement du sac de bille : c’est à dire répartir son budget de façon aussi égalitaire qu’aléatoire n’est pas très vertueux car on ne focalise pas complétement ses efforts. Or c’est un sujet où en étant assez critique, on peut faire la différence avec une rupture de business model.

Voilà comment un patient est traité dans telle aire thérapeutique, comment le digital peut améliorer ça. Est-ce que c’est au moment du diagnostic, est-ce que c’est au moment d’un passage de pouvoir de relais entre les professionnels de santé, lorsqu’il rentre à la maison en ambulatoire, ou dans la longue vie de son traitement que ça marche moins bien ? C’est très analytique, Il faut y réfléchir de façon très ouverte, avec une prise de recul par rapport à ce qu’on a en imaginant plutôt ce que ça pourrait être demain, sans compter ce qui se fait aujourd’hui, c’est-à-dire en partant d’une feuille blanche. Et c’est ça, qui pourrait être la boussole pour réussir les opportunités.

J’insiste dessus parce que généralement le sujet du digital ne vient pas d’un CEO, mais de l’équipe marketing qui veut faire une application dans tel champ thérapeutique, et on se met dans une équation où ça ne va pas vraiment marcher : ça va être petit, peu suivi, on y mettra peu de moyen, et sans s’étonner ça ne marche pas de façon très convaincante derrière. Il faut vraiment se poser la question en quoi le digital peut transformer le business model; c’est une question transverse de CEO. Il faut collecter les différentes informations de la R&D, la commercialisation, en passant par les opérations. Pour répondre à votre question: on doit commencer par investir dans la réflexion.

Qui va en tirer la plus grosse part ? Ça reste une bonne question, je reste convaincue des alliances, malgré tout, c’est un bon pari à lancer. Si on prend l’industrie du livre, les grands d’hier ne sont plus les grands d’aujourd’hui. Les éditeurs s’en sortent bien, en revanche c’est en aval, dans la distribution, que là Amazon a remporté la mise.

 

Beyond The Pill Club : Myriam Hong Tuan Ha

5 questions à Nicolas Glady : Big Data & Santé

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gladyNicolas GLADY est Docteur en économétrie et Professeur à l’ESSEC où il est titulaire de la Chaire Accenture Strategic Business Analytics. Il enseigne les cours de Marketing Management, Marketing stratégique et Big Data Analytics dans la Grande Ecole, le programme doctoral et le Global MBA. Il est aussi consultant pour les grandes entreprises issus de divers secteurs financiers, High-tech, grande distribution…

« Il est l’auteur de nombreuses publications concernant l’enjeu ainsi que le potentiel du Big Data de nos jours dans des revues comme Management Science, International Journal of Research in Marketing ou Journal of Service Research, et des revues plus grand public, comme les Echos, le Figaro, Harvard Business Review, Slate ou Huffington Post. »

Vous avez la possibilité de le suivre sur Twitter : @nicogla.

Ce mois-ci, nous vous proposons un entretien exceptionnel avec Nicolas GLADY, Président de la Chaire Accenture de l’ESSEC, sur le thème du Big data et de la santé à travers cinq questions que nous lui avons posées.

1) Les entreprises pharmaceutiques accuseraient-elles un retard au niveau de leur processus de transformation digitale ?

Nicolas GLADY : « Ce n’est pas le cas, puisque les chercheurs, pharmaciens et scientifiques qui travaillent dans l’industrie pharmaceutique ont toujours eu une culture et une vision assez quantitative, avec des essais analytiques et se sont toujours basés sur leurs données afin de pouvoir décider ou non de poursuivre leurs travaux.

On voit aujourd’hui de nombreuses entreprises se tourner vers les nouvelles technologies et le Big Data à l’image de l’entreprise biopharmaceutique belge UCB qui a remporté le prix du projet digital le plus innovant. »

Le laboratoire belge UCB, spécialisé dans le traitement de maladies sévères qui touchent les systèmes immunologique et nerveux central, a remporté le ‘’ ICT project of the year’’ pour son programme ‘’Amplify ».


Il est certain que les datas vont révolutionner le monde de la santé.


Amplify est un programme imaginé autour d’une idée : changer la perception de l’informatique au sein de l’entreprise

L’informatique de façon générale est considérée comme étant l’élément clé la transformation digitale voulue par l’entreprise.

Amplify a été élaboré selon deux points : une transformation complète, via des cercles de transformations IT, du département informatique, ainsi que la mise en place d’une série de projets appelés : ‘’ advanced analytics ‘’.

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L’idée a été d’extraire cinq personnes de leur secteur et environnement de travail habituel afin de les faire réfléchir sur un thème durant 4 mois. C’est une organisation au sein de l’entreprise qui permet le développement de nouvelles idées et pouvant à terme aboutir à une innovation.

2) Le Big Data a-t-il déjà opéré une révolution technologique dans d’autres secteurs ?

Nicolas Glady: « Le Big Data a déjà transformé plusieurs secteurs industriels, que ce soit les réseaux sociaux, les moteurs de recherche ou encore les sites de ventes en ligne comme Amazon, avec à la clé de nombreux succès. Par exemple, le pureplayer Amazon réussit à obtenir de fortes marges en ciblant les achats de leurs clients de façon plus intelligente.

Dans le secteur de la santé, l’utilisation des Big Data a permis, en reprenant le cas du laboratoire biopharmaceutique UCB, d’obtenir des résultats concrets en modifiant leur infrastructure Big Data. En exploitant toutes les données possibles  autour d’un thème précis, le laboratoire a réussi à obtenir des changements à terme sur leurs ventes de plusieurs millions d’euros.

Les géants du web à l’image d’Apple se positionnent clairement sur le domaine du Big Data.

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Avec sa montre connectée, l’entreprise de Cupertino est maintenant capable d’enregistrer des paramètres vitaux aux poignets des porteurs tels que la pression artérielle ou encore la fréquence cardiaque.


Il existe clairement un potentiel aujourd’hui, la question cruciale est de savoir quand va réellement démarrer cette révolution technologique ?


Grâce à l’application Health, les utilisateurs peuvent regrouper leurs données personnelles sur un tableau de bord concernant leur santé et forme physique.

Les données personnalisées permettront un suivi en temps réel des patients traités par les médecins, et éventuellement le dépistage de maladies grâce à des algorithmes de calcul.

En se positionnant en tant qu’agrégateur de données, Apple pourra assurer un suivi de la population à grande échelle.

 

3) Et, selon vous, quel est le rôle des professionnels de santé dans ce nouveau modèle ? Garderont-ils toujours une place aussi prépondérante ?

Nicolas GLADY: « Face à ce nouveau modèle, les professionnels de santé
gardent une place prépondérante et notamment les médecins. Il faut faire confiance aux médecins, ils ont une formation scientifique très solide et comprennent l’utilité de la technologie, mais sont aussi et surtout soucieux de la protection des données et de la vie privée.’’

En s’appuyant sur l’exemple de l‘Inde, il nous explique que plusieurs médecins dans le monde utilisent aujourd’hui la consultation à distance permettant ainsi de réduire les inégalités d’accès aux soins.

A l’image de Sameer Sawarkar, ce médecin indien qui a développé un programme de santé digital permettant d’effectuer des consultations avec des patients vivant dans des zones rurales et n’ayant pas accès aux soins.

Le docteur Sameer Sawarkar a crée un kit de télémedecine permettant aux patients habitant en zone rurale d’avoir une consultation avec un médecin de ville, via une webcam. Le kit contient des capteurs permettant au médecin qui consulte à distance de mesurer la pression artérielle, la respiration et même d’effectuer un électrocardiogramme en temps réel. Ils peuvent ainsi établir un diagnostic, rédiger et envoyer la prescription directement aux patients via un logiciel. 

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Ce programme s’inscrit dans le cadre de la stratégie ‘’Making More Health’’ du laboratoire pharmaceutique Boehringer Ingelheim.

Les nouvelles technologies ont la capacité de faciliter voire de remplacer certaines pratiques médicales (diagnostic, aide au diagnostic, suivi de traitement, etc.). De plus, avec le Big Data nous pouvons nous tourner de plus en plus vers une médecine de prévention…

 

4) A l’université d’été organisée par le LEEM : L’économiste Paul Seabright a émis quelques réserves concernant l’arrivée des nouvelles technologies dans la santé; notamment le fait que l’on n’ait pas encore observé de résultats concrets… Êtes-vous d’accord? 

Nicolas Glady :  «  il faut rester prudent, je suis assez d’accord avec lui, personne à l’heure actuelle ne saurait prédire où et quand va se produire la révolution numérique même si, le marché des applications de santé explose et envahit de plus en plus notre quotidien. »

 

5) Comment les industries pharmaceutiques perçoivent l’arrivée des géants du web dans le domaine de la santé ? Sont-ils dans une logique de partenariats ou de compétition ?

Nicolas GLADY : « la question est compliquée, certes, Google travaille sur plusieurs projets. » Il nous livre cette anecdote, d’un employé de Microsoft qui lui aurait un jour confié ‘’ you can never over engineer Google!’’ littéralement, on ne peut jamais cesser l’ingénierie de Google.

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Depuis la révélation de son existence en 2011 par le New York Times, le Google X Lab ne cesse d’étonner par ses projets innovants et futuristes.

Parmi les ‘’moonshots’’ ou prototypes imaginés par les scientifiques, les lentilles de contact intelligentes mesurant la glycémie seront développées en partenariat avec le laboratoire pharmaceutique Novartis qui se chargera de la commercialisation.

Pour conclure Nicolas GLADY ajoute: « L’entreprise californienne affiche clairement son intention de vouloir allonger la durée de vie, possède des avantages compétitifs sur les autres entreprises avec près de cinquante milliards de dollars de chiffre d’affaire en 2014 et l’attraction des meilleurs cerveaux et talents. Cependant, ces géants du web ne fabriquent pas de médicaments, à l’inverse de l’industrie pharmaceutique, qui conserve son monopole, il faudra donc déjà observer la façon dont le marché des innovations se stabilise dans le futur pour y répondre.’

 

Beyond the Pill Club : Ihsène Ben Mehidi et Pierre-Antoine DRUBAY

 

Sources :

http://www.makingmorehealth.org/MMH_News/MMHTV.html

http://strategic-business-analytics-chair.essec.edu/

http://datanews.levif.be/ict/ict-project-of-the-year-ucb/video-normal-276769.html

http://www.ucb.com/magazine/article/Time-to-‘Amplify’-role-of-IT-in-health

La révolution Big Data en santé.

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Les technologies BIG DATA offrent la possibilité de transformer la pratique médicale et le système de soin de façon générale. L’utilisation et la gestion des données collectées fait actuellement l’objet de nombreuses recherches. Voici quelques pistes sur l’impact et leurs rôles en santé.

Accélérateur du progrès et de l’innovation.

Le BIG DATA, littéralement « méga-données », désigne un volume massif de données qui provient le plus souvent du numérique. Il fut inventé par ceux, qui à l’origine, ont été les premiers à profiter de cette révolution : les astronomes et les physiciens dans les années 2000. Bien loin en apparence du domaine médical, il impacte pourtant aujourd’hui pratiquement tous les secteurs : industriels, automobiles, financiers, marketing, etc.

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Cette masse de données collectées – via l’internet, les smartphones, les tablettes, les objets connectés – peut, après avoir été traitées par de puissants algorithmes, générer des pistes de traitements pour des maladies, prévoir la propagation d’une maladie contagieuse ou encore permettre un suivi des patients atteints de pathologies chroniques. C’est un terme devenu courant dans les domaines médicaux et pharmaceutiques.

Parmi les principaux  bénéficiaires de cette révolution, on retrouve les laboratoires pharmaceutiques. Selon l’analyse du cabinet de conseil McKinsey, diverses mesures leur permettraient d’optimiser l’utilisation et la gestion de ces données qu’ils pourraient exploiter à toutes les étapes du circuit du médicament : de la recherche & développement de nouvelles molécules au suivi post AMM des patients bénéficiaires des nouveaux médicaments.

Bien que l’industrie pharmaceutique n’ait pas encore intégré pleinement les technologies Big Data dans un processus R&D, l’utilisation de ces nouvelles technologies se révèle être un excellent moyen de booster la recherche pharmaceutique.

Grâce à de puissants algorithmes, le traitement des données recueillies en laboratoires mais aussi durant les phases d’essais cliniques permettraient d’élaborer des modèles prédictifs en vue de prévoir les effets physiologiques des molécules, la découverte de nouvelles cibles biologiques des molécules mais aussi de singulariser les différentes mutations possibles d’un gène, rendant diagnostics et traitements d’autant plus efficaces.

Des partenariats entre laboratoire pharmaceutique et acteur du Big Data ont déjà vu le jour. A titre d’exemple, AstraZeneca et l’assureur Anthem ont signé en 2011 un contrat de quatre ans afin de rechercher les traitements les plus économiques et efficaces contre les maladies chroniques entre autres, d’après des études réalisées sur près de 36 millions de personnes. Ou encore, Biogen s’est associé avec PatientLikeMe et FitBit pour le développement d’une étude sur l’activité physique des patients atteints de SEP.

Aussi, Apple a mis en place un logiciel open-source Research Kit permettant de faciliter la récolte d’informations patients par les chercheurs lors des essais cliniques.

Le Big Data offre de nouvelles perspectives dans la santé

Toujours selon l‘étude de McKinsey, plus de 75% des patients pourraient utiliser les objets connectées à condition que les moyens mis à leur disposition puissent répondre à leur exigences et leurs besoins en terme de santé. Les outils permettant de produire de la DATA sont multiples, et commencent à envahir fortement la santé.

A titre d’exemple, l’union Européenne préconise de cibler les jeunes populations par des campagnes de prévention des maladies notamment via le web 2.0 : les réseaux sociaux, ou encore des applications mobiles (Apple Health©, Samsung Health© …). On découvre aussi à travers l’étude de McKinsey, que les patients de plus de 50 ans ne sont pas réticents à l’utilisation de la santé connectée et seraient même près de 70% des plus de 50 ans, en Grande Bretagne et en Allemagne, à vouloir utiliser les nouvelles technologies. Néanmoins, ils préfèrent plutôt l’utilisation de sites internet spécialisés ou encore les mails.

Le Big Data possède le potentiel de révolutionner la pratique médicale. Aux Etats-Unis, le Memorial Solan Kettering Cancer Center, un des 1er centre de traitement et de recherche contre le cancer, qui traite près de 30 000 patients par an a effectué un partenariat avec l’entreprise IBM.

Le but : analyser et interpréter les données cliniques des patients collectées grâce au désormais célèbre IBM Watson.

IBM Watson est un programme d’intelligence artificielle qui a la particularité de traiter les informations d’avantage comme un cerveau humain qu’un ordinateur. Il est capable de comprendre une question qu’on lui pose, de trouver les réponses en quelques secondes et de les énoncer grâce à son système vocale. Une des applications de ce système dans la santé est l’entrainement des médecins à trouver les meilleurs traitements anticancéreux, d’après plusieurs paramètres incluant les antécédents familiaux, médicaux ou encore les données de diagnostics déjà établis auparavant.

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En France, Khresterion a mis au point un logiciel du même type. Il aide le personnel soignant des patients atteints de diabète et de cancers à prendre des décisions grâce à l’intelligence artificielle. Toutes les données recueillies pourront améliorer le processus de médecine personnalisée, grâce notamment aux données génétiques, on pourra adapter les traitements en fonction de chaque profil de patients dans certaines maladies comme les cancers du côlon ou du sein.

Le Big Data devrait donc accélérer la compréhension des systèmes complexes. En 2008, Google lançait Google Flu trends afin de prévoir la diffusion des épidémies (cartographie). Cet outil n’a néanmoins pas été utilisé par les scientifiques qui préfèrent les « small data’’ ou les données recueillies sur le terrain mais a permis toutefois d’explorer de nouvelles possibilités quant à l’utilisation des data en épidémiologie.

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L’utilisation des données amène aussi de nombreux débats concernant les sites qui hébergent ces données, les conditions de recueil de consentement éclairé et de confidentialité. En outre, de nombreux spécialistes se posent la question de la divulgation de données patients aux organismes d’assurance.

Le BIG DATA offre de nouvelles perspectives dans le domaine de la santé et constitue, pour de nombreux spécialistes, un virage certain à ne pas manquer pour les industries de santé.

Sources :

http://www.frenchweb.fr/e-sante-jusquou-ira-le-big-data-pour-nous-soigner/186343#3oEs8qOBQXR1UMX3.99

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/10/02/le-big-data-un-virage-technologique-a-ne-pas-rater_4499371_3232.html

http://www.mckinsey.com/global_locations/europe_and_middleeast/france/fr