Les innovations technologiques en chirurgie.

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De nos jours les nouvelles technologies s’intègrent et trouvent leur place dans la chirurgie. Robots, imprimantes 3D, ou encore lunettes à réalité augmentée, jouent un rôle dans toute la chaîne de valeur de l’opération chirurgicale : De la formation des étudiants, à la réalisation des opérations les plus pointues, jusqu’à la fourniture de prothèses.

Grâce à ces nouveaux outils, la chirurgie s’affranchit de ses anciennes limites. Véritable leviers d’amélioration, les nouvelles technologies permettent des résultats plus que prometteurs.

Ainsi nous verrons tout d’abord brièvement comment lunettes à réalité augmentée et robots peuvent permettre l’amélioration de la qualité des opérations. Puis nous développerons le rôle prometteur de l’impression 3D dans la chirurgie ainsi que ses problématiques règlementaires et économiques pour les industries de santé.

Les lunettes à réalité augmentée et les robots améliorent la qualité des opérations chirurgicales

chirurgienDans la médecine chirurgicale, le traitement ne découle pas du médicament, mais de l’acte chirurgical. En effet c’est le chirurgien, qui par ses gestes, ses manipulations, procure le soin. Avec dextérité, il enchaîne les mouvements, planifiés à l’avance, pendant parfois de longues heures, sous la chaleur étouffante et l’ambiance cloisonnée de la salle d’opération.

Quelle est la valeur du savoir-faire et de l’habilité d’un chirurgien ? Elle est unique et rare. Les nouvelles technologies tentent de la rendre transférable.

Par les lunettes à réalité augmentée, elles tentent de transmettre les gestes et bonnes pratiques du chirurgien. Les robots, quant à eux se substituent aux gestes précis et habiles du chirurgien.

Les nouvelles technologies contribuent à l’amélioration de l’enseignement de la chirurgie.

L’« Open field Camera », caméra de haute qualité, portée sur le front des chirurgiens permet l’enregistrement du champ de vision du chirurgien pendant l’opération, et donc de tous ses gestes couplés au contexte clinique, en détail.

Projet a l’initiative de la fondation Moveo.

La retransmission de cette scène d’opérations, vue de l’angle de l’acteur de l’opération, peut se faire par un casque à réalité virtuelle porté par des étudiants. Cette vision très réaliste des scènes d’opération permet un enseignement par la simulation.

Cela permet l’adoption des bons gestes et réflexes et le partage des meilleures pratiques médicales entre professionnels de santé et étudiants à travers le monde.

 

Le robot chirurgien se charge des manipulations chirurgicales les plus délicates

On pourrait diviser l’acte chirurgical en deux dimensions : la planification de l’enchaînement des mouvements propre au cas clinique du patient et à ses caractéristiques anatomiques, et la réalisation habile de ceux-ci.

Le dispositif robotisé “ROSA”[1], se charge de cette dernière étape, dans le domaine délicat de la neurochirurgie.

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Une fois programmé par le chirurgien avec la planification de l’acte à partir de données préopératoires, il peut effectuer la manipulation des instruments et grâce à son bras robotisé, reproduisant les mouvements planifiés, en se repérant de façon autonome dans l’anatomie du patient grâce à son système GPS précis.

Le robot est supervisé par le chirurgien tout au long de l’opération. La précision de son bras robotisé est obtenue grâce à l’ampleur des mouvements qu’il peut effectuer, et sa relocalisation en temps réel dans l’anatomie de patient. L’intermédiarisation par le robot limite les tremblements et la contamination sanguine possible entre le chirurgien et la patient. A cela s’ajoute la dextérité inhérente du robot qui permet un rendu de l’opération plus juste, de fiabiliser et sécuriser.

Le dispositif ROSA™, utilisé en tant qu’aide lors d’interventions chirurgicales neurologiques (d’implantations d’électrodes, de procédures de chirurgie à crâne ouvert faisant appel à un dispositif de navigation, etc.), est aujourd’hui présent dans une vingtaine d’établissements hospitaliers en Europe, en Amérique du Nord, en Asie et au Moyen-Orient.

D’autres robots existent déjà dans des domaines comme le cœur, l’urologie (cancer de la prostate), …

  • Problématiques éthiques, déontologiques et médico-économiques [2][3]

Le robot représente un lourd investissement (2 à 2,5 millions d’euros pour le robot) et peut conduire à une démultiplication des opérations, contraire à l’article de déontologie 35 du code de la santé publique, dans le but d’amortir ces coûts d’investissement. Cela a été le cas pour le robot «  Da Vinci » , seul sur le marché du cancer de la prostate, qui a aggravé le surtraitement du cancer de la prostate: entre 2002 et 2010, le nombre moyen de systèmes de chirurgie robotique par Etat américain est passé de 2 à 26,3. Dans le même temps, le taux de chirurgie a augmenté de 37,5 % à 52,4 %.

Selon le Pr. Kellogg Parsons, chirurgien oncologue : « Il existe un réel besoin de mettre en place des programmes de formation normalisés, avec des règles régissant la compétence et l’accréditation du chirurgien qui utilise le robot »

A chaque nouvelle innovation, il y a une période pendant laquelle il y a un risque pour le patient. L’intérêt pour le patient, et son impact en terme de surtraitement devrait être évalué par les centres de santé (ARS). Ce risque peut aussi être dût à la maitrîse incomplète de la nouvelle technologie.

L’imprimante 3D, le nouvel allié de la chirurgie

La chirurgie a toujours été un domaine de la médecine très personnalisé. En effet, chaque opération est unique et propre aux dimensions et à l’anatomie du patient.

Cependant, cette personnalisation a difficilement pu être transposée pour le choix des prothèses. Segmentées en taille différente, l’industrialisation de ces dernières rendent difficiles une customisation par patient.

En plus de permettre des solutions nouvelles, et salvatrices pour les patients « oubliés », atteints de maladie rare, l’impression 3D utilisée, couplée à d’autres outils comme le scanner 3D, peut aussi permettre la synthèse de dispositifs médicaux hautement personnalisables.

Non limitée par la dureté de la matière, l’imprimante 3D est aussi utilisée dans l’ingénierie tissulaire. La synthèse de peau améliore les procédés actuellement utilisés pour les grands brûlés.

  • La personnalisation des attelles par impression 3D, peut changer des vies[4]

Les maladies rares –qui touchent moins de 1/2000- sont confrontées à un manque de thérapies existantes. En effet, les industries pharmaceutiques peinent à trouver à la fois des patients pour leurs tests cliniques, et un nombre suffisant de patients afin d’assurer la rentabilité de leurs lourds et longs investissements en recherche.

C’est le cas de la trachéomalacie, maladie rare qui comme son nom l’indique, donne une trachée molle. Cette maladie apparaît à l’âge enfant et entrave la respiration ce qui peut induire dans certains cas le décès des patients.

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L’association de deux technologies, le scanner 3D et l’imprimante 3D a permis de confectionner sur mesure une attelle de trachée, et ainsi de traiter des enfants atteints de cette maladie. C’est une avancée majeure pour les patients atteints de cette maladie. L’attelle soutenant la trachée a permis de restaurer une respiration normale chez les patients, et leur a ainsi permit de mener une vie normale.

Le scanner 3D peut définir les mesures adéquates de l’attelle, ce qui, après modélisation 3D, permet la confection sur mesure de l’attelle par l’imprimante 3D.

Ce bio-dispositif, fruit d’une impression D est dit « 4D » car il sa forme change avec le temps. Cela lui permet ainsi de s’adapter à la croissance de l’enfant, et donc de sa trachée.

  • Impression de tissus humains[5]

Un autre élément du corps humain que peut fournir l’imprimante 3D est la peau. En effet, a synthèse de tissus par imprimante 3D est aujourd’hui répandue comme le montre son utilisation par de grands groupes industriels comme l’Oréal pour tester leurs produits cosmétologiques.

Cette technologie sera bientôt utilisée à des fins médicales pour fabriquer de la peau de substitution pour les grands brûlés grâce à l’entreprise “Printalive®”. Cette dernière est actuellement au stade d’essai sur les souris pour son imprimante 3D, capable d’imprimer et de recréer la complexité de la peau humaine avec de grandes couches de tissu avec les follicules pileux, et les glandes sudoripares. Elle utilise les propres cellules du patient afin d’éviter les rejets immunitaires possibles.

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De plus, elle a pour vocation d’avoir une utilisation répandue et accessible à tous : De la taille d’un micro-onde, et peu coûteuse,  elle est pratique pour les petites infrastructures.

« 90% des brûlures surviennent dans les pays à revenu faible et moyen, avec de plus grandes mortalités et morbidités dues à des systèmes de soins de santé mal équipés et à un accès insuffisant à des établissements de soins pour brulés » a déclaré le Dr Marc Jeschke.

On pourrait se demander si cette technologie d’impression de peau, ne pourrait pas être étendue à l’impression d’organes, plus complexes. C’est le challenge de plusieurs laboratoires à travers le monde de maîtriser et d’améliorer cette technique d’impression 3D de tissus afin de l’étendre à la synthèse d’organes artificiels. Ce serait une avancée majeure pour les organes vitaux, dont les donneurs manquent.

  • La massification de l’impression 3D des dispositifs médicaux[6]

Cette technologie est plus aisément adoptée déjà communément utilisées dans le domaine dentaire ou auriculaire qui requièrent des prothèses externes. Par exemple l’entreprise Prodways®, propose d’imprimer des prothèses dentaires avec un coût des plus compétitifs. Plus de 17 millions de gouttières sont imprimées chaque année. Dans la même les audioprothèses en silicones sont aussi répandues et représentent 90% des audioprothèses sur mesure, vendues aux Etats-Unis. Cette utilisation externe est une amorce pour convaincre et habituer le corps médical à utiliser cette technologie.

  • Problématiques règlementaires[7]

Dans de nombreux cas (cf. exemple de l’attelle), les dispositifs médicaux n’ont pas encore fait l’objet d’une mise sur le marché et sont donc encore utilisés à titres expérimentaux, pour des patients déterminés. Pour une utilisation plus large, la règlementation est pour le moment à un stade prématuré.

La FDA (Food and Drug Administration) considère cette innovation comme une innovation au niveau de la production. Elle a pour le moment approuvé 85 dispositifs médicaux créés par imprimante 3D. Les guidelines encadrant l’impression 3D sont prévues pour 2015.

L’EMA (European Medical Agency), qui régit la règlementation des dispositifs médicaux au niveau européen, dans le « European Medical Device Directive » prévoit de classer ces dispositifs médicaux dans la catégorie de dispositifs médicaux sur mesure, qui a des exigences de règlementations faibles.

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Nous pouvons cependant nous demander quelle est la qualité réelle d’un produit créé par impression 3D, et reproductibilité de la qualité de chaque dispositif médical.

  • Le mariage prometteur des imprimantes 3D et des industries de santé

Avec principalement des utilisations orthopédiques, dentaires, et d’implants cranio-maxillofaciaux, le marché de l’imprimante 3D dans le biomédical pourrait représenter 5 milliards d’euros en 2020[8].

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Actuellement, le biomédical représente 14% des revenus pour entreprises de service d’imprimantes 3D. Cette technologie représente à la fois une opportunité et une menace pour l’industrie des dispositifs médicaux.

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Ces dernières ont tout intérêt à maîtriser cette innovation en investissant, comme Siemens ou General Electric, dans la R&D ou en créant des partenariats avec les entreprises d’imprimante 3D.

Conclusion

L’utilisation de lunettes à réalité augmentée ainsi que l’utilisation de robot lors d’opérations chirurgicales pointues illustrent l’arrivée des futures innovations et technologies prometteuses dans le domaine de la santé.

L’imprimante 3D a une place dans toutes les pathologies mécaniques. La diversité des matériaux possibles (souplesse du tissu, Semi-rigidité du collagène) offre la possibilité de plusieurs utilisations dans le domaine médical, dans des domaines où les outils traditionnels n’ont pas encore généré de solutions. De plus, (dans l’exemple de l’impression de peau de grands brûlés) la personnalisation à moindres coûts, et la transportabilité de cette technologie permet son expansion dans les pays émergents. L’aboutissement des recherches de synthèse par impression 3D serait une innovation majeure.

Le développement de cette technologie requiert un écosystème regroupant l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur du produit final : les entreprises d’impression 3D, de scanner 3D, de modélisation, et les professionnels de santé.

Permettant d’évincer de nombreuses contraintes et de surpasser les capacités humaines, cette prochaine chirurgie deviendra par conséquent plus précise, moins invasive et plus efficace qu’à l’heure actuelle.

 

Beyond The Pill Club : Myriam Hong Tuan Ha

[1] http://medtech.fr/fr/vision-et-mission

[2] http://archsurg.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1885705

[3] http://www.lemonde.fr/sciences/article/2014/09/08/robots-chirurgiens-halte-a-la-supercherie_4483896_1650684.html#WUyOtBL5QWHyMZmF.99

[4] http://www.livescience.com/50668-4d-implant-babies-breathing-problems.html

[5] http://www.jamesdysonaward.org/projects/printalive-bioprinter/

[6] http://www.prodways.com/industrie-du-dentaire/, http://www.medicalexpo.fr/prod/envisiontec/product-100029-648902.html

[7]http://www.mondaq.com/unitedstates/x/417874/Healthcare/FDA+Regulations+Or+Lack+Thereof+Of+3D+Printed+Medical+Devices

[8] https://www.bcgperspectives.com/content/articles/medical-devices-technology-innovation-biomedical-3-d-printing/

5 questions à Nicolas Glady : Big Data & Santé

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gladyNicolas GLADY est Docteur en économétrie et Professeur à l’ESSEC où il est titulaire de la Chaire Accenture Strategic Business Analytics. Il enseigne les cours de Marketing Management, Marketing stratégique et Big Data Analytics dans la Grande Ecole, le programme doctoral et le Global MBA. Il est aussi consultant pour les grandes entreprises issus de divers secteurs financiers, High-tech, grande distribution…

« Il est l’auteur de nombreuses publications concernant l’enjeu ainsi que le potentiel du Big Data de nos jours dans des revues comme Management Science, International Journal of Research in Marketing ou Journal of Service Research, et des revues plus grand public, comme les Echos, le Figaro, Harvard Business Review, Slate ou Huffington Post. »

Vous avez la possibilité de le suivre sur Twitter : @nicogla.

Ce mois-ci, nous vous proposons un entretien exceptionnel avec Nicolas GLADY, Président de la Chaire Accenture de l’ESSEC, sur le thème du Big data et de la santé à travers cinq questions que nous lui avons posées.

1) Les entreprises pharmaceutiques accuseraient-elles un retard au niveau de leur processus de transformation digitale ?

Nicolas GLADY : « Ce n’est pas le cas, puisque les chercheurs, pharmaciens et scientifiques qui travaillent dans l’industrie pharmaceutique ont toujours eu une culture et une vision assez quantitative, avec des essais analytiques et se sont toujours basés sur leurs données afin de pouvoir décider ou non de poursuivre leurs travaux.

On voit aujourd’hui de nombreuses entreprises se tourner vers les nouvelles technologies et le Big Data à l’image de l’entreprise biopharmaceutique belge UCB qui a remporté le prix du projet digital le plus innovant. »

Le laboratoire belge UCB, spécialisé dans le traitement de maladies sévères qui touchent les systèmes immunologique et nerveux central, a remporté le ‘’ ICT project of the year’’ pour son programme ‘’Amplify ».


Il est certain que les datas vont révolutionner le monde de la santé.


Amplify est un programme imaginé autour d’une idée : changer la perception de l’informatique au sein de l’entreprise

L’informatique de façon générale est considérée comme étant l’élément clé la transformation digitale voulue par l’entreprise.

Amplify a été élaboré selon deux points : une transformation complète, via des cercles de transformations IT, du département informatique, ainsi que la mise en place d’une série de projets appelés : ‘’ advanced analytics ‘’.

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L’idée a été d’extraire cinq personnes de leur secteur et environnement de travail habituel afin de les faire réfléchir sur un thème durant 4 mois. C’est une organisation au sein de l’entreprise qui permet le développement de nouvelles idées et pouvant à terme aboutir à une innovation.

2) Le Big Data a-t-il déjà opéré une révolution technologique dans d’autres secteurs ?

Nicolas Glady: « Le Big Data a déjà transformé plusieurs secteurs industriels, que ce soit les réseaux sociaux, les moteurs de recherche ou encore les sites de ventes en ligne comme Amazon, avec à la clé de nombreux succès. Par exemple, le pureplayer Amazon réussit à obtenir de fortes marges en ciblant les achats de leurs clients de façon plus intelligente.

Dans le secteur de la santé, l’utilisation des Big Data a permis, en reprenant le cas du laboratoire biopharmaceutique UCB, d’obtenir des résultats concrets en modifiant leur infrastructure Big Data. En exploitant toutes les données possibles  autour d’un thème précis, le laboratoire a réussi à obtenir des changements à terme sur leurs ventes de plusieurs millions d’euros.

Les géants du web à l’image d’Apple se positionnent clairement sur le domaine du Big Data.

apple watch santé

Avec sa montre connectée, l’entreprise de Cupertino est maintenant capable d’enregistrer des paramètres vitaux aux poignets des porteurs tels que la pression artérielle ou encore la fréquence cardiaque.


Il existe clairement un potentiel aujourd’hui, la question cruciale est de savoir quand va réellement démarrer cette révolution technologique ?


Grâce à l’application Health, les utilisateurs peuvent regrouper leurs données personnelles sur un tableau de bord concernant leur santé et forme physique.

Les données personnalisées permettront un suivi en temps réel des patients traités par les médecins, et éventuellement le dépistage de maladies grâce à des algorithmes de calcul.

En se positionnant en tant qu’agrégateur de données, Apple pourra assurer un suivi de la population à grande échelle.

 

3) Et, selon vous, quel est le rôle des professionnels de santé dans ce nouveau modèle ? Garderont-ils toujours une place aussi prépondérante ?

Nicolas GLADY: « Face à ce nouveau modèle, les professionnels de santé
gardent une place prépondérante et notamment les médecins. Il faut faire confiance aux médecins, ils ont une formation scientifique très solide et comprennent l’utilité de la technologie, mais sont aussi et surtout soucieux de la protection des données et de la vie privée.’’

En s’appuyant sur l’exemple de l‘Inde, il nous explique que plusieurs médecins dans le monde utilisent aujourd’hui la consultation à distance permettant ainsi de réduire les inégalités d’accès aux soins.

A l’image de Sameer Sawarkar, ce médecin indien qui a développé un programme de santé digital permettant d’effectuer des consultations avec des patients vivant dans des zones rurales et n’ayant pas accès aux soins.

Le docteur Sameer Sawarkar a crée un kit de télémedecine permettant aux patients habitant en zone rurale d’avoir une consultation avec un médecin de ville, via une webcam. Le kit contient des capteurs permettant au médecin qui consulte à distance de mesurer la pression artérielle, la respiration et même d’effectuer un électrocardiogramme en temps réel. Ils peuvent ainsi établir un diagnostic, rédiger et envoyer la prescription directement aux patients via un logiciel. 

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Ce programme s’inscrit dans le cadre de la stratégie ‘’Making More Health’’ du laboratoire pharmaceutique Boehringer Ingelheim.

Les nouvelles technologies ont la capacité de faciliter voire de remplacer certaines pratiques médicales (diagnostic, aide au diagnostic, suivi de traitement, etc.). De plus, avec le Big Data nous pouvons nous tourner de plus en plus vers une médecine de prévention…

 

4) A l’université d’été organisée par le LEEM : L’économiste Paul Seabright a émis quelques réserves concernant l’arrivée des nouvelles technologies dans la santé; notamment le fait que l’on n’ait pas encore observé de résultats concrets… Êtes-vous d’accord? 

Nicolas Glady :  «  il faut rester prudent, je suis assez d’accord avec lui, personne à l’heure actuelle ne saurait prédire où et quand va se produire la révolution numérique même si, le marché des applications de santé explose et envahit de plus en plus notre quotidien. »

 

5) Comment les industries pharmaceutiques perçoivent l’arrivée des géants du web dans le domaine de la santé ? Sont-ils dans une logique de partenariats ou de compétition ?

Nicolas GLADY : « la question est compliquée, certes, Google travaille sur plusieurs projets. » Il nous livre cette anecdote, d’un employé de Microsoft qui lui aurait un jour confié ‘’ you can never over engineer Google!’’ littéralement, on ne peut jamais cesser l’ingénierie de Google.

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Depuis la révélation de son existence en 2011 par le New York Times, le Google X Lab ne cesse d’étonner par ses projets innovants et futuristes.

Parmi les ‘’moonshots’’ ou prototypes imaginés par les scientifiques, les lentilles de contact intelligentes mesurant la glycémie seront développées en partenariat avec le laboratoire pharmaceutique Novartis qui se chargera de la commercialisation.

Pour conclure Nicolas GLADY ajoute: « L’entreprise californienne affiche clairement son intention de vouloir allonger la durée de vie, possède des avantages compétitifs sur les autres entreprises avec près de cinquante milliards de dollars de chiffre d’affaire en 2014 et l’attraction des meilleurs cerveaux et talents. Cependant, ces géants du web ne fabriquent pas de médicaments, à l’inverse de l’industrie pharmaceutique, qui conserve son monopole, il faudra donc déjà observer la façon dont le marché des innovations se stabilise dans le futur pour y répondre.’

 

Beyond the Pill Club : Ihsène Ben Mehidi et Pierre-Antoine DRUBAY

 

Sources :

http://www.makingmorehealth.org/MMH_News/MMHTV.html

http://strategic-business-analytics-chair.essec.edu/

http://datanews.levif.be/ict/ict-project-of-the-year-ucb/video-normal-276769.html

http://www.ucb.com/magazine/article/Time-to-‘Amplify’-role-of-IT-in-health

La révolution Big Data en santé.

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Les technologies BIG DATA offrent la possibilité de transformer la pratique médicale et le système de soin de façon générale. L’utilisation et la gestion des données collectées fait actuellement l’objet de nombreuses recherches. Voici quelques pistes sur l’impact et leurs rôles en santé.

Accélérateur du progrès et de l’innovation.

Le BIG DATA, littéralement « méga-données », désigne un volume massif de données qui provient le plus souvent du numérique. Il fut inventé par ceux, qui à l’origine, ont été les premiers à profiter de cette révolution : les astronomes et les physiciens dans les années 2000. Bien loin en apparence du domaine médical, il impacte pourtant aujourd’hui pratiquement tous les secteurs : industriels, automobiles, financiers, marketing, etc.

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Cette masse de données collectées – via l’internet, les smartphones, les tablettes, les objets connectés – peut, après avoir été traitées par de puissants algorithmes, générer des pistes de traitements pour des maladies, prévoir la propagation d’une maladie contagieuse ou encore permettre un suivi des patients atteints de pathologies chroniques. C’est un terme devenu courant dans les domaines médicaux et pharmaceutiques.

Parmi les principaux  bénéficiaires de cette révolution, on retrouve les laboratoires pharmaceutiques. Selon l’analyse du cabinet de conseil McKinsey, diverses mesures leur permettraient d’optimiser l’utilisation et la gestion de ces données qu’ils pourraient exploiter à toutes les étapes du circuit du médicament : de la recherche & développement de nouvelles molécules au suivi post AMM des patients bénéficiaires des nouveaux médicaments.

Bien que l’industrie pharmaceutique n’ait pas encore intégré pleinement les technologies Big Data dans un processus R&D, l’utilisation de ces nouvelles technologies se révèle être un excellent moyen de booster la recherche pharmaceutique.

Grâce à de puissants algorithmes, le traitement des données recueillies en laboratoires mais aussi durant les phases d’essais cliniques permettraient d’élaborer des modèles prédictifs en vue de prévoir les effets physiologiques des molécules, la découverte de nouvelles cibles biologiques des molécules mais aussi de singulariser les différentes mutations possibles d’un gène, rendant diagnostics et traitements d’autant plus efficaces.

Des partenariats entre laboratoire pharmaceutique et acteur du Big Data ont déjà vu le jour. A titre d’exemple, AstraZeneca et l’assureur Anthem ont signé en 2011 un contrat de quatre ans afin de rechercher les traitements les plus économiques et efficaces contre les maladies chroniques entre autres, d’après des études réalisées sur près de 36 millions de personnes. Ou encore, Biogen s’est associé avec PatientLikeMe et FitBit pour le développement d’une étude sur l’activité physique des patients atteints de SEP.

Aussi, Apple a mis en place un logiciel open-source Research Kit permettant de faciliter la récolte d’informations patients par les chercheurs lors des essais cliniques.

Le Big Data offre de nouvelles perspectives dans la santé

Toujours selon l‘étude de McKinsey, plus de 75% des patients pourraient utiliser les objets connectées à condition que les moyens mis à leur disposition puissent répondre à leur exigences et leurs besoins en terme de santé. Les outils permettant de produire de la DATA sont multiples, et commencent à envahir fortement la santé.

A titre d’exemple, l’union Européenne préconise de cibler les jeunes populations par des campagnes de prévention des maladies notamment via le web 2.0 : les réseaux sociaux, ou encore des applications mobiles (Apple Health©, Samsung Health© …). On découvre aussi à travers l’étude de McKinsey, que les patients de plus de 50 ans ne sont pas réticents à l’utilisation de la santé connectée et seraient même près de 70% des plus de 50 ans, en Grande Bretagne et en Allemagne, à vouloir utiliser les nouvelles technologies. Néanmoins, ils préfèrent plutôt l’utilisation de sites internet spécialisés ou encore les mails.

Le Big Data possède le potentiel de révolutionner la pratique médicale. Aux Etats-Unis, le Memorial Solan Kettering Cancer Center, un des 1er centre de traitement et de recherche contre le cancer, qui traite près de 30 000 patients par an a effectué un partenariat avec l’entreprise IBM.

Le but : analyser et interpréter les données cliniques des patients collectées grâce au désormais célèbre IBM Watson.

IBM Watson est un programme d’intelligence artificielle qui a la particularité de traiter les informations d’avantage comme un cerveau humain qu’un ordinateur. Il est capable de comprendre une question qu’on lui pose, de trouver les réponses en quelques secondes et de les énoncer grâce à son système vocale. Une des applications de ce système dans la santé est l’entrainement des médecins à trouver les meilleurs traitements anticancéreux, d’après plusieurs paramètres incluant les antécédents familiaux, médicaux ou encore les données de diagnostics déjà établis auparavant.

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En France, Khresterion a mis au point un logiciel du même type. Il aide le personnel soignant des patients atteints de diabète et de cancers à prendre des décisions grâce à l’intelligence artificielle. Toutes les données recueillies pourront améliorer le processus de médecine personnalisée, grâce notamment aux données génétiques, on pourra adapter les traitements en fonction de chaque profil de patients dans certaines maladies comme les cancers du côlon ou du sein.

Le Big Data devrait donc accélérer la compréhension des systèmes complexes. En 2008, Google lançait Google Flu trends afin de prévoir la diffusion des épidémies (cartographie). Cet outil n’a néanmoins pas été utilisé par les scientifiques qui préfèrent les « small data’’ ou les données recueillies sur le terrain mais a permis toutefois d’explorer de nouvelles possibilités quant à l’utilisation des data en épidémiologie.

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L’utilisation des données amène aussi de nombreux débats concernant les sites qui hébergent ces données, les conditions de recueil de consentement éclairé et de confidentialité. En outre, de nombreux spécialistes se posent la question de la divulgation de données patients aux organismes d’assurance.

Le BIG DATA offre de nouvelles perspectives dans le domaine de la santé et constitue, pour de nombreux spécialistes, un virage certain à ne pas manquer pour les industries de santé.

Sources :

http://www.frenchweb.fr/e-sante-jusquou-ira-le-big-data-pour-nous-soigner/186343#3oEs8qOBQXR1UMX3.99

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/10/02/le-big-data-un-virage-technologique-a-ne-pas-rater_4499371_3232.html

http://www.mckinsey.com/global_locations/europe_and_middleeast/france/fr